"Faire le Bien parce que c'est le Bien"
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L’engagement bénévole et les associations :


Une mutation annoncée


L’enquête 2019 du « paysage associatif Français » ferait-elle mentir les inquiétudes et les propos pessimistes des responsables et dirigeants associatifs ?

A sa lecture, on pourrait en conclure que tout va pour le mieux et que désormais les associations ne devraient plus être en manque de bénévoles.

En effet, elle fait état d’un dynamisme associatif qui n’a jamais été aussi fort dans notre pays, jugez plutôt :

Le chiffre de 1,5 million d’associations a été atteint et prés de 200 nouvelles associations naissent chaque jour  (soit 8 en moyenne par heure).

Les associations représentent un budget de 113 milliards d’euros en France et 3,3 % de la richesse nationale

Les bénévoles, selon plusieurs études, n’ont jamais été aussi nombreux avec des chiffres  allant de 13 à 20 millions mais il faut nuancer ces chiffres car seulement 13 millions agissent dans un cadre associatif (+ 2 millions dans la cadre d’une autre organisation et +5 millions seulement de façon informelle).

Une analyse plus fine montre que par rapport à l’augmentation du nombre des associations il y a eu peu de changement depuis 2016 qui recensait un effectif de  plus de 12,5 millions de bénévoles (soit 1 Français sur 4).

Ces  chiffres sont-ils de nature à casser les discours mortifères sur la crise du bénévolat ou sur l’individualisme ?

Sur le terrain, les réalités concernant l’engagement régulier des bénévoles sont tout autre ; l’offre associative augmente de façon constante (notamment parmi les petites associations) mais pour autant les effectifs de  bénévoles stagnent, voire régressent en fonction des tranches d’âge (notamment chez les 50-64 ans). En 2016 39% des Français étaient bénévoles, en 2019 seulement 35%. En revanche, les femmes  dans les associations rattrapent leur retard depuis 2016 : + 1% contre - 3% d’hommes.

Des problèmes spécifiques demeurent ; les associations cherchent à s’adapter et le plus souvent avec une certaine soumission.

 

A propos des associations :

 

Avant de poursuivre, il est utile de  rappeler quelques réalités :

-Les ressources essentielles d’une association sont les bénévoles, qu’il s’agisse des dirigeants ou des bénévoles du terrain plus ou moins engagés. Ce besoin constant de bénévoles supplémentaires caractérise le dynamisme associatif, le besoin d’entreprendre et de répondre aux besoins de lien social, que ce soit au travers des associations qui se  situent sur des champs réparateurs ou sur des champs plus préventifs.

 

-Les associations doivent faire preuve d’attractivité. Contrairement à des idées acquises, ce n’est pas toujours le secteur associatif en tant que tel qui constitue le facteur essentiel d’attractivité. Ce sont davantage le dynamisme du projet associatif, le charisme des dirigeants, la qualité de l’accueil et de l’intégration des nouveaux bénévoles, la qualité de l’ambiance, les offres de formation, la qualité de la diversité et la rencontre avec des personnes humainement riches.

C’est en fonction de tout cela que les bénévoles choisissent leur association et leur type d’engagement.

 

-On ne s’engage pas aujourd’hui comme on s’engageait il y a trente ans et les discours nostalgiques sont à ranger au placard. Par le passé on s’engageait prioritairement pour la cause dans une démarche militante. Désormais on s’engage davantage dans l’action concrète avec un besoin de résultats assez immédiats et certainement moins par utopie globale.

L’implication dans la cause viendra éventuellement dans un second temps, après une intégration dans le projet associatif, d’où l’importance de la pédagogie de l’engagement.

 

-Le mouvement de professionnalisation des associations engagé depuis plusieurs années se poursuit et s’intensifie. Il se traduit par une tendance à l’hyper professionnalisation afin de répondre à la pression des pouvoirs publics et des partenaires privés. Il y a, d’ordre général, des contraintes externes (réglementation…) qui génèrent une professionnalisation grandissante du bénévolat, notamment au détriment des petites structures.

Les compétences demandées aux bénévoles sont de ce fait toujours plus pointues.

 

-Le renouvellement des dirigeants associatifs est une difficulté croissante dont les raisons sont multiples : disponibilité insuffisante, montée des responsabilités, gestion devenant complexe, insuffisance de formation, crainte du risque juridique, vieillissement des dirigeants  etc…

Une des réponses à cette crise passera sans doute par une gouvernance collégiale déjà pratiquée avec succès par certaines associations ou par d’autres  modes de fonctionnement  novateurs.

 

L’engagement bénévole :

 

Les notions de citoyen engagé et de citoyenneté active s’enracinent fortement dans la société française, elles portent un niveau moyen d’engagement, en comparaison à d’autres pays européens. Elles sont fortement stimulées par les jeunes, notamment sur les questions de l’écologie, du climat et de la justice sociale. Elles sont également marquées par une dispersion de l’engagement individuel

(missions courtes, bénévolat ponctuel et occasionnel, engagement dans plusieurs associations…) et par l’élaboration de stratégie personnelle en termes de recherche d’expérience et de compétences.

Des bénévoles intermittents disposés à s’investir pour un temps donné avant de passer à une autre action ou association.  Déplorer le « zapping » de cette génération est  stérile ; il est préférable de tirer des leçons de leurs capacités à inventer de nouvelles formes de solidarité. Ils ont soif d’une autre société, plus solidaire, plus bienveillante, et  ouverte aux différences Contrairement aux idées reçues, l’engagement associatif est plus important chez les jeunes ruraux que chez les citadins.

 

Autres tendances lourdes en ce qui concerne l’engagement et le bénévolat :

-Rejet de l’action collective au sein du monde associatif

-Engagement plus diffus et moins institutionnalisé.

-Des bénévoles en quête de sens  plus exigeants

-Les liens entre les pouvoirs publics et le bénévolat sont trop forts : une trop grande réglementation

 freine l’innovation   et la créativité.

-Ces mêmes pouvoirs publics tendent à instrumentaliser les associations dans des appels à projet et à assimiler le bénévolat à du travail gratuit.

 

Le bénévolat, c’est…

 

Rappelons à cette étape les fondamentaux du bénévolat qui reste un acte volontaire qui exprime la liberté de choix individuels, il s’inscrit dans une démarche de gratuité sans contrepartie directe.

Le bénévolat est donc un acte autonome qui s’exprime en dehors de tout lien de subordination.

Conscient de la nécessité, le bénévolat sait allier bonne volonté et compétences. Il permet aux personnes de se sentir utiles pour la société et porte l’ambition de faire ensemble pour contribuer à mieux vivre en société.

Le bénévolat est sans conteste un accélérateur d’innovations sociales ; il recouvre une diversité de modes d’implication, de talents et de compétences, au bénéfice des associations et des collectivités locales.

 

S’engager c’est donner de soi, voire le meilleur de soi, au profit des autres tout en se donnant les moyens de concilier cet engagement avec une vie de famille  et une vie professionnelle faute de quoi la situation peut rapidement se révéler difficile à vivre.

La dernière enquête de « recherches et solidarités »sur les  motivations des bénévoles révèle que 85% citent «  l’envie d’être utile et agir pour les autres» , « défendre une cause » (48%), « acquérir et développer des compétences » (27%) , «  appartenir à une équipe » (32%) et enfin « exercer une responsabilité »(15%).

Des notes d’optimisme : 22% souhaitent donner davantage de temps dans leur association et 41% désirent transmettre leur savoir-faire et s’engager sur le temps de travail (une bonne nouvelle pour le mécénat de compétence).

 

 Pour une bonne gestion des bénévoles :

 

Animer un bénévole (et non pas manager) n’est pas chose facile pour les associations mais souvent les difficultés  sont dues aux pratiques de gestion des associations elles-mêmes.

La gestion des bénévoles est composée de six maillons de bonnes pratiques très liés  qu’il convient de respecter et d’appliquer:

-La clarification des besoins.

-L’accueil des bénévoles.

-L’intégration des bénévoles

-La formation des bénévoles (fortement plébiscitée dans les enquêtes)

-l’animation des bénévoles

-La reconnaissance des bénévoles.

 

Ce dernier  maillon est pourtant trop souvent négligé par les associations Dans le baromètre national annuel associatif 2019 de " Recherches et Solidarités »,sur un échantillonnage de 4500 personnes, on relève que 37% des personnes interrogées  aimeraient davantage de convivialité , 11% souhaitent une meilleure reconnaissance de leur action et 20% estiment qu’il n’y a pas assez de communication sur les actions qu’elles mènent. Elles déplorent le manque d'attention des associations et se disent ainsi blessées ; elles estiment que c'est décourageant.

D'une manière logique, le besoin de reconnaissance est légitimement proportionnel à l'intensité de l'engagement: 38% pour ceux qui effectuent 10h et plus par semaine dans une association.

Le risque est grand en effet d'oublier le besoin de ces bénévoles puisque les responsables les voient fréquemment.

Les bénévoles sont sensibles à la reconnaissance des compétences développées dans leur engagement.

La reconnaissance de l'action bénévole est essentielle pour le bien-être et l'engagement à long terme des bénévoles et pour assurer la pérennité des associations. Si leur contribution n'est pas reconnue le risque est d'émousser sérieusement leur motivation et  de les voir partir.

Le bénévole valorisé se sentira en confiance et il y a de fortes chances pour que son engagement s'en trouve renforcé.

Les autres bénévoles qui s'impliquent moins, auront envie d'en faire plus, pour à leur tour accéder à cette valorisation

Et puis, cela servira à la cohésion des membres et de l'équipe.

 

Quel avenir pour les associations ?…

 

Dans la société, des phénomènes émergents doivent nous interpeller : vieillissement de la population, allongement de la durée de la vie professionnelle, phénomènes migratoires, seniors

moins disponibles (aidants familiaux…) : autant d’obstacles au recrutement des bénévoles

 

Les  Mouvements citoyens en émergence comme «  les gilets jaunes », les «  zadistes »… sont hostiles à tout mode de gouvernance verticale, caractéristique de l’association, et  leurs souhaits est une volonté d’horizontalité. Ce profond mouvement démocratique et citoyen est en rupture avec les modes de gouvernance traditionnels et pousseront, à terme, les associations à se réinventer par la base.

Les associations sont appelées à repenser leur projet associatif en prenant en compte les modes de vie des citoyens, en renouvelant profondément le contrat d’associations, en donnant toute sa place à l’expérimentation, à la créativité et à l’innovation sociale. 

Il s’agit de mobiliser sur l’essence même de l’engagement associatif.

 

Les associations devront mieux prendre en compte les jeunes, leurs idées, leur envie de s’engager.

Elles devront  leur donner envie de poursuivre leur engagement dans la durée, de prendre des initiatives et des responsabilités, de les préparer à assurer la relève des « anciens ». Pour cela elles devront changer en profondeur leur modèle d’engagement pour devenir des espaces de sensibilisation au bénévolat, à l’engagement dès le plus jeune âge, et posséder des capacités d’adaptabilité permanente. Leur survie est à ce prix…

 

Elles devront également faire davantage de place aux personnes moins diplômées car la fracture s’accentue avec deux fois moins de bénévoles chez ces derniers (31% chez les plus diplômés sont bénévoles dans les associations contre 15% pour les moins diplômés).  Les associations qui aident  ou accompagnent les plus fragiles doivent aussi agir pour leur faire une place et leur confier des responsabilités. On ne peut laisser croire à ces personnes qu’elles n’ont rien à apporter à la collectivité et le bénévolat ne doit pas se limiter à aller de pair avec un niveau social et un niveau d’études élevé.

 Il reste beaucoup à faire pour que le «  bénévolat pour tous » comme voie d’inclusion sociale devienne une réalité.

 

Un besoin de reconnaissance et de confiance :


En Novembre 2017, le premier ministre avait annoncé que le gouvernement allait créer dès 2018 une semaine nationale, co-construite, avec les associations pour promouvoir l’engagement bénévole qui est en pleine mutation. Parmi les idées imaginées par l’exécutif en janvier 2018 : la mise à l’honneur, par le Président de la République ou les ministres, de citoyens   « exemplaires dans leur engagement bénévole ».

Force est de constater que tout cela est demeuré  malheureusement sans suite et que malgré les mesures publiques prises pour favoriser l’engagement des personnes la place faite au monde associatif est en-deca  des attentes Les réponses apportées par le gouvernement ne sont pas à la hauteur des situations.

.Le monde associatif, trop souvent considéré comme appartenant à «  l’ancien monde » se sent

 «mal-aimé » alors que paradoxalement  sa richesse de création, ses capacités d’innovation, son dynamisme, et son rôle indispensable à une bonne marche de la société et à un vivre ensemble   sont porteurs de tous les espoirs.

 

La vie associative a besoin de perspectives et de confiance en ce qu’elle est et pour ce qu’elle porte dans le pays, y compris quand cela prend les formes d’une expression critique aux options politiques du moment. Le flou actuel est facteur de fragilité pour les associations à qui on voudrait imposer pour des raisons économiques des pratiques managériales venues du monde de l’entreprise.

Pour répondre à la baisse des subventions et autres ressources on invite les associations à revoir leur organisation à travers des regroupements, fusions, coopérations et mutualisations. Des mutations encouragées par les partenaires du monde associatif et qui ne sont pas sans danger pour leur avenir.


                                                                            Claude M., vice-président national de l’ADN,

                                                                      Président délégué de la Commission Supérieure des Récompenses                                                                                                                                      

 

Sources pour alimenter ce billet : France bénévolat - Recherches et solidarités - Journal « La Croix » - Ifop - La revue des associations - Assoconnect                                                                                                                                                                                                                                                                 

 

Cette contribution prospective est perfectible et non exhaustive ; elle est destinée à susciter et à alimenter la réflexion des bénévoles

et des associations qui voudront bien s’en emparer.                                                                                                           Février 2020